La forêt guérisseuse

La forêt guérisseuse

Nature

Ce matin je me suis levée fatiguée après une nuit de pleine lune aux réveils en sursaut dans le sillage de rêves énervants. Le temps était gris, même, gris foncé. Et il avait déteint sur mon moral. Il était 8h10 et on aurait dit 6h20. Je me sentais inutile, seule, vieille, laide, grosse et folle. Eh oui, même quand on a une belle pratique spirituelle, on a des matins comme ça.

Devant ce constat, je me suis laissé porter. Il avait neigé pendant la nuit et il fallait balayer et pelleter encore un peu surtout qu’on annonçait de la pluie pour l’après-midi. Le temps se réchauffait rapidement et il ne faisait plus que -7 degrés alors qu’hier soir, il faisait toujours -17 Celcius. Dans une heure il fera -5 C une température idéale pour jouer dehors.

Voilà ! Je décide de lire un peu. J’ai un très bon livre sur ma table en ce moment et je ne trouve que rarement le temps de lire. Alors, même si ce n’est pas à mon programme, je lis. Oui… oui… L’auteur a bien raison: c’est la blessure profonde causée par la trahison qui plonge l’être humain dans le manque et qui le porte à l’avidité, la mère de bien des maux. Oui… notre monde est toujours dans l’ombre…

Presque 10 h! Les cafés étaient bons. Le livre aussi mais je suis déjà fatiguée de me concentrer sur cette lecture. Une douche et je sors jouer dehors, avec un Winston (mon chien) des plus heureux ! Je me lance sur le balais et la pelle. Je rentre du bois pour le poêle encore éteint. Je vide la cendre du poêle. Je vide la poubelle et la bac de recyclage. Je porte le tout au chemin. Bon… Je joue au ballon un peu avec Winston. Il est content, mon sac à joie! Je vais au casier postal. J’entre le courrier.

Finalement, en sortant à nouveau, je chausse tout naturellement mes raquettes qui sont en attente, plantées dans le banc de neige juste devant la maison. Je prends le bord du bois. Je me sens toujours fatiguée et je m’autorise à ne pas aller loin, à virer de bord au moindre signe de saturation. Je suis le petit sentier aplati par les raquettes ces derniers jours. Il sillonne à travers le petit bois derrière la maison et aboutit sur le gros sentier dans la forêt.

Winston est content. Il a abandonné son ballon pour un écureuil qui a tôt fait de grimper dans un arbre au pied duquel le pauvre chien piétine en essayant encore une fois d’y grimper aussi. Il aboie et saute autour de l’arbre. «Bon! Ça va Winston! Il est parti!». Il comprend ça: parti. Il cesse d’aboyer et à regrets, en se retournant vers l’arbre de temps en temps, reprend le sentier et part à la grande course vers l’avant.

Tiens! Les traces de la perdrix. Elle a longé la piste à l’orée de la forêt. Elle a sillonné sur la neige évitant les guérets et les arbres. Ici, elle s’est enfoncée un peu. Là, elle est sortie par ici et a traversé le sentier. Elle a continué de l’autre côté et s’est faufilée sous les thuyas. Ah!?! Ça, ce n’est pas la perdrix ! Qu’est-ce que c’est? Un mustélidé. Une hermine probablement…

De piste en piste, je continue à déambuler sur le sentier et je me sens de mieux en mieux. Je lève les yeux et vois les cimes enneigées des arbres. Ah! Les arbres dont les grands bras m’entourent, me frottent les joues au passage ou me laissent tomber une motte de neige dans le col si je ne suis pas attentive. Les arbres, ces grands compagnons aujourd’hui silencieux bercent mon âme. À ce moment je me rends compte que je trottine en raquettes, le pied léger et je remercie mon corps, mon cher corps de me permettre de jouir ainsi de la nature. Ce corps que je dénigrais quelques heures plus tôt, qui me pesait et me déplaisait… Tout à coup, je l’aime et il me remplit de joie.

Le miracle s’est opéré. La forêt m’a apaisée, énergisée, enthousiasmée devant cette journée grise, un gris perle en ce moment… Grise, certes, mais douce, facile à vivre, permettant de rester longtemps dehors et d’apprécier le temps de liberté dont je pouvais profiter, aujourd’hui, seule avec mon chien, en joie.

Au retour, j’ai allumé le feu. Quelle plaisir! Quelle paix et tranquillité m’apporte cette grisaille aujourd’hui!

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